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* Les terres de Boqueron, 4 ans plus tard ... *

Situation géographique :

La vallée de Boqueron, à1400 mètres d’altitude...

LES TERRES DE BOQUERON, QUATRE ANS PLUS TARD... Histoire de Duanama, la nouvelle communauté kogi de la Sierra

Particulièrement fertile, Boqueron est une vallée isolée, perdue sur le versant nord de la Sierra. Située à 1400 mètres d’altitude, elle est protégée par deux imposants sommets dont le plus important culmine à près de 3700 mètres. Au delà de ces caractéristiques géographiques, la région est riche de nombreux sites archéologiques, comme en témoigne, l’impressionnante quantité de ruines, traces discrètes, laissées par les Tayronas, ancêtres des Kogis. Certaines des anciennes cités tayronas ont été construites en bordure de mer, c’est le cas de l’actuel site archéologique de Pueblito, d’autres, en altitude, comme Ciudad Perdida, la Cité Perdue. En tout, plus de 120 sites ont été répertoriés, tous reliés par des chemins de pierre, dont une grande partie passait par les terres de Boqueron. Du fait de sa fonction de réserve agricole, cette vallée tenait une place éminemment stratégique dans le système d’échanges et de relations mis en place par les Tayronas.

À quelques kilomètres en contrebas, se trouve l’un des plus précieux sites archéologiques laissés par les Tayronas, Duanama. Connu par les Kogis, mais aussi les Kankuamos, les Aruacos et les Wiwas, tous héritiers des Tayronas, il abrite un ensemble de pierres sculptées, véritable livre de pierre qui synthétise les savoirs et les connaissances du peuple tayrona ; un site que réclament les habitants de la Sierra afin de pouvoir entretenir et transmettre leur mémoire à leurs héritiers.

Sans doute ni avait-il pas de lieu plus adapté que Boqueron, cette vallée où vivaient les Tayronas, pour initier cette démarche de récupération et de restitution de terres. L’idée était bien sûr de récupérer et de restituer des terres, mais aussi, et surtout de faire revivre leur mémoire, leurs traditions. Pour cela, il était important qu’ils se rapprochent du site de Duanama, ce lieu, qui, il y a encore quelques années, n’était connu que par les anciens... ceux qui savaient. Aujourd’hui, pour se rendre sur les nouvelles terres de Boqueron, il faut passer par le site de Duanama, un arrêt obligé pour les Indiens, qui peuvent ainsi se rendre compte que sur cette terre, à travers ces sculptures, leur mémoire est encore là, présente.

En 1999, plusieurs familles sont arrivées pour prendre possession de leur nouveau territoire. Même s’il n’était pas prévu, qu’elles s’y installent définitivement, leur inquiétude était grande... II leur fallait recréer les conditions indispensables pour construire un village, faire revivre ces terres et permettre l’installation de la future communauté... Il leur fallait aussi prendre contact avec leurs nouveaux voisins, des paysans, souvent mécontents de voir -ces Indiens qui prétendent récupérer leur territoire...- Un travail immense ...C’est Mamu Joaquim, un Mamu de grand prestige au sein de la communauté qui a été chargé d’ouvrir la voie et d’initier tout ce travail de récupération. C’est à lui qu’est revenue la lourde tâche de nettoyer ces terres abîmées, profanées pendant de nombreuses années, de les préparer spirituellement pour permettre l’installation définitive des premières familles. Après cette première étape, c’est au Clan Alimako, auquel appartient Mamu Joaquim qu’est revenu la responsabilité de ces nouvelles terres. Mamu Joaquim est malheureusement décédé peu de temps après son arrivée. C’est le Mamu Antonino, membre du Clan Dingula, famille proche du Clan Alimako qui a été désigné pour le remplacer. Un changement qui a posé de nombreux problèmes dans l’organisation génétique qui accompagne la prise de possession d’un nouveau territoire. Aujourd’hui, ce sont toujours les membres du Clan Alimako, sous la responsabilité de Camilo, fils aîné de Joaquim qui ont la charge de ces nouvelles terres.

Depuis les premières restitutions, six familles se sont installées, dont l’un des frères de Camilo, lui-même Mamu, à même de continuer le travail initié par son père. Jour après jour, elles préparent la terre et ouvre le chemin pour l’arrivée de nouvelles familles. Le système agricole traditionnel, remis en place, a donné d’excellents résultats, au point d’intéresser les paysans voisins, curieux de comprendre comment les Kogis avaient pu récupérer des terres à ce point dégradées... Sur ces nouveaux territoires, six enfants ont vu le jour, un adulte est mort, des suites d’une piqûre de serpent et quatre mariages ont été célébrés. Un temple a été construit, dans lequel la communauté de Boqueron peut maintenant se réunir pour préparer et planifier les différents travaux collectifs à venir. Plusieurs représentants de communautés kogis, mais aussi Wiwas, sont venues sur place, intéressées par la démarche de récupération culturelle mise en place, dans la continuité de la récupération des terres.

Le projet Mémoire retrouvée représente bien plus qu’une simple démarche de récupération de terres à des fins agricoles. Pour les quatre communautés de la Sierra, soit 25.000 personnes, c’est le point de départ d’un important travail d’apprentissage et de redécouverte de leur mémoire ; un travail qu’ils mènent sur les terres de leurs ancêtres... celles où ils ont laissé un trésor, Duanama, la mémoire... la mémoire du peuple kogi.